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UCN Niger :
L’Expérience de TAFOUKA
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Harouna Talatou, UCN Niger |
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Dans le cadre de la mise en
œuvre du PMEDP au Niger, un atelier de formation en MARP/AMED a été organisé
pour les membres de l’UCN Niger, du 25 septembre au 12 octobre 2000 à Tafouka,
dans l’arrondissement de Konni, à environ 400 km à l’est de Niamey. Cette
localité a été choisie de par les initiatives originales de gestion
communautaire qui s’y sont développées dans le domaine des pêcheries
amplifiées. Les travaux pratiques ont permis de mettre en évidence le
dynamisme des habitants de Tafouka, d’élaborer un plan d’action
communautaire et d’identifier deux petits projets.
Le présent article décrit cette
expérience dont l’objectif est de renforcer les initiatives locales de
gestion des pêcheries amplifiées au Niger.
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Contexte et justification des petits projets
L’analyse des moyens d’existence
de la communauté en utilisant les outils de la MARP (informations spatiales,
temporelles, institutionnelles et techniques) pour les trois couches sociales
identifiées (vieux, femmes et pêcheurs) a permis de cerner le contexte de
vulnérabilité, les atouts en capital, l’environnement institutionnel, les
stratégies des moyens d’existence et les attentes de la communauté de
Tafouka. |
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La population du village de
Tafouka est estimée à 2.600 habitants selon le recensement de 1988. Depuis
longtemps, elle pratique l’agriculture, l’élevage extensif, l’embouche
bovine, le petit commerce et, plus récemment, la pêche. Les atouts d’ordre
social des habitants trouvent leur origine dans l’environnement traditionnel
instauré depuis la création du village en 1928.
Bien que situé dans la zone
soudano-sahélienne qui est la plus arrosée au Niger (400 à 600 mm/an), le
terroir de Tafouka est soumis aux aléas climatiques exacerbés comme les
sécheresses rudes ou l’érosion hydrique et éolienne, ainsi que les attaques
des ennemis des cultures et diverses maladies du bétail Aussi, la croissance
démographique associée à l’accroissement du cheptel, survenue après l’arrivée
de pasteurs migrants, a entraîné une augmentation des besoins en terres de
culture, en eau, en bois de chauffe et de construction, et en pâturages.
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Cette situation place la
communauté de Tafouka dans un contexte de vulnérabilité caractérisé par l’insuffisance
d’eau potable, le tarissement des plans d’eau, une perte de production
agricole pendant et après la culture, bref, une surexploitation des ressources
naturelles entraînant une baisse de la productivité des écosystèmes
terrestres et aquatiques. L’insécurité alimentaire qui en résulte est
accentuée par l’accès difficile au crédit, le manque d’infrastructures
socio-économiques (centres de santé, marchés, équipements pour la
transformation et la conservation du poisson), un taux d’analphabétisme
élevé et un manque d’encadrement technique rapproché.
Pour faire face à ces problèmes
et en vue d’améliorer ses moyens d’existence, la communauté de Tafouka a
fait preuve d’un dynamisme remarquable pour améliorer ses atouts en capital
naturel, physique et social : volonté de travailler ensemble, solidarité
villageoise, preuves d’une bonne cohésion sociale, accès facile au village
grâce à une piste entretenue, existence d’associations d’autopromotion, de
ressources naturelles (mares, forêts, terres, pâturages) et d’infrastructures
(école, adduction d’eau). Par ailleurs, Il existe deux chefferies
traditionnelles “Haoussa” et “Peulh” qui cohabitent
pacifiquement dans la gestion de l’ensemble du terroir de Tafouka. Cette
coexistence sans heurt est la démonstration d’une cohésion sociale gardée
jalousement par la communauté.
Le diagramme de Venn a montré
que la communauté est administrée par un conseil de sages qui regroupe le chef
du village, le chef religieux ainsi que tous les notables. Ce conseil
délibère sur toutes les questions touchant le village. Il assure aussi le
rôle de conseil d’administration auprès des associations d’autopromotion
(coopérative des agriculteurs, coopérative des éleveurs, coopérative des
pêcheurs, comité environnement, comité de gestion de l’eau).
Parallèlement, il est chargé d’assurer la fonction d’intermédiaire entre
le village et les organisations externes comme les ONG, les services techniques
de l’Etat, les autorités administratives et d’autres partenaires au
développement.
Dans le domaine de la pêche, l’accès
aux ressources halieutiques par les pêcheurs étrangers était, par le passé,
accordé par le chef du village. Actuellement, ce droit d’accès est régi par
la législation nationale et l’accord des habitants du village, ce qui
pourrait favoriser la mise en place d’une politique de cogestion des
ressources naturelles comme le promeut le PMEDP.
Pour réduire le contexte de
vulnérabilité, la communauté de Tafouka a développé plusieurs stratégies
basées sur le savoir traditionnel et les innovations technologiques: gestion
rationnelle de l’eau potable, méthode traditionnelle de lutte contre les
ennemis des cultures (insectes et parasites), recours aux services techniques,
solidarité familiale et communautaire, agro-foresterie, fertilisation
organique, constitution de fonds villageois, pharmacopée traditionnelle et
exode rural. La stratégie la plus originale est celle menée par les pêcheurs
en vue de pérenniser l’activité de pêche.
Le tarissement complet des plans
d’eau en saison sèche entraîne la disparition du poisson et l’arrêt de la
pêche les années suivantes. Pour y faire face, les pêcheurs s’organisent
pour construire des bassins de stockage en béton à proximité des habitations,
en vue de conserver des milliers d’alevins de Clarias gariepinus
pendant la saison sèche qui s’étend de mars à juin. Ces alevins serviront
à empoissonner les mares à partir de juillet quand elles se remplissent d’eau
avec l’arrivée des premières pluies. La croissance rapide des alevins (30g
en juillet et 1 à 2 kg en octobre) après leur introduction dans les mares est
liée certainement à la richesse du milieu aquatique, grâce aux plaines d’inondation
que recouvre l’eau des mares.
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Attentes de la communauté et
appui du PMEDP
Le plan d’action communautaire
élaboré à l’issue du diagnostic participatif a fait ressortir les attentes
de la communauté dont les principales sont: l’augmentation de l’approvisionnement
en eau potable, l’amélioration de la productivité des plans d’eau, la
réduction des pertes de produits agricoles, de poisson, de la mortalité
animale et de l’insécurité alimentaire, la restauration des terres de
culture, le renforcement de l’encadrement technique et des infrastructures
socio-économiques (marchés, routes, centres de santé, postes forestiers et de
douane etc.), l’augmentation des fonds d’investissement dans le village et l’allègement
des travaux domestiques des femmes. Pour répondre aux attentes dans
les domaines de la pêche et du mareyage, deux petits projets ont été
élaborés et soumis au PMEDP et ont été approuvés pour financement. Le
financement de 12.721.050 FCFA1/ accordé par le Programme vise la formation des
acteurs (pêcheurs et mareyeurs) dans les domaines de la gestion, la protection
et la sauvegarde des écosystèmes aquatiques, le renforcement des systèmes d’épargne
et de crédit et le développement institutionnel. Le but ultime recherché est
l’autogestion des pêcheries amplifiées en vue d’améliorer et diversifier
durablement les moyens d’existence de la communauté de Tafouka qui apporte
une contribution en nature estimée à 7.155.500 FCFA.
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Conclusion
Le Niger a entamé depuis une
décennie une série de réformes politiques, institutionnelles et juridiques
dans le domaine de la gestion des ressources naturelles et qui ont abouti à l’élaboration
de plans et programmes de développement. Une des orientations stratégiques
majeures est l’approche participative par la responsabilisation et l’implication
des populations et de la société civile dans tout le processus d’identification,
de mise en œuvre et de suivi-évaluation des actions de développement. Dans le
domaine de l’aménagement des plans d’eau, une place importante a été
accordée à la promotion de la gestion communautaire des pêcheries amplifiées
dans la nouvelle loi régissant le secteur des pêches. A moyen et long termes,
on espère que l’expérience de Tafouka inspirera l’élaboration de projets
de développement de la pêche qui accordent une réelle attention à la
participation communautaire.
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