Réglementer l’utilisation de la senne de plage au Bénin : une volonté des pêcheurs et de l’administration

 

 

Orateurs:

Simplice Sogan, Directeur des pêches
Henri Hounan Kodjo, Secrétaire Général du groupement Akpeyedje
Kapko Dovodji, Président du groupement Akpeyedje.

Reportage: Roland Yves Alaye
Lieu
: Ouidah
Date: Décembre 2003

 

La senne de plage est un engin de pêche dont les effets néfastes  engendrent de lourdes conséquences sur la durabilité des ressources halieutiques. C’est un engin non sélectif, c’est-à-dire qu’il capture aussi bien les poissons adultes que les juvéniles. Or, cette pratique constitue la principale technique des communautés de pêche maritime artisanale du Bénin. Pour réduire les captures des juvéniles et les protéger, il faut réglementer la senne de plage. Comme le souligne Ben Johnson, agent de l’administration des pêches :

« Les pêcheurs et l'administration sont conscients qu'il faut faire quelque chose pour réglementer la senne de plage car il y a prise de juvéniles et ils constatent que les ressources diminuent d'année en année ».


 

C'est dans le souci de parvenir à cette réglementation qu'un projet a été mis en place. Son objectif est de mener une étude comparative et expérimentale entre l'ancienne senne de plage et une autre dite nouvelle. Toutes les deux mesurent 475 m de long. La différence réside dans les mailles des poches. La nouvelle senne de plage a des mailles de 20mm, permettant aux petits poissons de s’échapper, alors que l’ancienne a des mailles de 10mm.

C'est au terme de cette étude qu'a eu lieu l'atelier de restitution des résultats. Cet atelier a eu lieu à la Maison de la Culture de Ouidah, le 5 décembre 2003. Prenant la parole, le Directeur des pêches, Simplice Sogan, conscient de la situation et de la nécessité de réglementer l’utilisation de la senne de plage au Bénin, s'est exprimé en ces termes :



« 
Cet engin de pêche représente une activité très importante pour les communautés de par son caractère générateur d'emploi et surtout de pourvoyeur de protéine d'origine animale ; mais aujourd'hui cette technique, de par son caractère destructif, ne garantit aucune durabilité de l'exploitation des ressources halieutiques ».

 

Il est donc urgent de trouver un moyen pour limiter la capture des juvéniles, tout en continuant l'utilisation de la senne de plage. En effet, interdire cette technique reviendrait à replonger les communautés du littoral dans l'indigence. Que faut-il faire? La réponse du Directeur des pêches :

«  Le projet nous a permis de dégager des résultats et de tirer des enseignements qui permettront d’alimenter la prise de décision en vue de réglementer l’utilisation de la senne de plage. L’objectif de cet atelier est de faire connaître ces résultats à tous les pêcheurs, de discuter de l’expérience et de réfléchir ensemble sur les conditions de pérennisation des acquis, voire d’extension vers d’autres zones du littoral ».

L'utilisation expérimentale a duré 16 mois. Les résultats sont à plus d'un titre intéressants. La nouvelle senne et l'ancienne pêchant les mêmes jours ont débarqué respectivement 39.062 Kg, pour un chiffre d'affaires de [1]6.046.700 FCFA, et 33.568 Kg pour une valeur de 5.769. 700 FCFA. La recette mensuelle moyenne est de 377.900 F pour le premier engin et de 360.600F pour le second. Ces résultats apportent donc de l'eau au moulin pour une réglementation de la senne de plage. Les pêcheurs eux-mêmes sont convaincus et prêts à changer de comportement. Comme le souligne Hounnan Kodjo Henri, pêcheur et secrétaire général du groupement "AKPEYEDJE" :

«  Au départ, nous avons connu d'énormes difficultés dans le démarrage des activités. Certains d’entre nous n’y croyaient pas, mais après 16 mois d'utilisation de la nouvelle senne de plage, je constate que nous avons du concret. Avec la nouvelle senne de plage, nous capturons beaucoup moins de juvéniles. Les petits poissons s’échappent, ce qui nous permettra de les attraper plus tard quand ils seront plus gros. Ils se vendront aussi plus cher. Je suis d'accord pour agrandir le maillage à 20mm ».
 

Les initiateurs du projet sont, eux-mêmes, surpris par les résultats financiers. Ils ne s'y attendaient pas. Pour preuve, ils avaient proposé des activités alternatives comme l’utilisation du filet maillant « Tounga », l’élevage d’huîtres et l’exploitation des noix de cocos pour compenser le manque à gagner occasionné par l’utilisation de la nouvelles senne de plage. La recette moyenne mensuelle du filet maillant est de 131.400 FCFA. La combinaison senne de plage et filet « Tounga » permet d'augmenter sensiblement les recettes des communautés et garantit en même temps la durabilité des ressources halieutiques. Les revenus issus de la vente du coco pour la fabrication de biscuits « … nous permettent de faire face plus facilement à la scolarisation des enfants », confie Mouhounèssi Adji, une mareyeuse.


« La nouvelle senne nous ramène à une pratique très ancienne ici au Bénin. Dans les années 50 et 60, la senne de nos parents était fabriquée avec de grandes mailles. Son utilisation, si elle est appliquée sur tout le littoral contribuera à la durabilité des ressources halieutiques et permettra à nos enfants de se nourrir et de vivre »
commente Dovodji Kakpo
, président du groupement "AKPEYEDJE".

Les résultats sont là, papables et encourageants, mais que vaudra une réglementation si elle ne s'arrête qu'au Bénin alors que le stock de poissons est le même au Bénin, au Togo et au Ghana ? La réglementation dans un de ces pays sans tenir compte des autres n'aura aucun effet. Il urge donc d'étendre les résultats à tout le littoral et analyser les conditions d'une réglementation commune.   


 

[1] 11 000 USD (1USD = 550 F CFA – Décembre 2003)       
 
Pour plus d'informations sur le projet