Niger : Tafouka pour exemple
Le
projet de Tafouka « Appui à l’amélioration de la productivité
halieutique et à la mise en valeur des plans d’eau de Tafouka »,
mené dans le cadre du Programme pour des moyens d’existence durables
dans la pêche (PMEDP), est sur la bonne voie. Après trois ans
d’existence, des résultats probants ont déjà été enregistrés. Si
bien que la priorité est aujourd’hui d’accompagner les communautés
dans la poursuite de leurs efforts. L’heure est aussi de favoriser la
création de liens de collaboration avec d’autres institutions de développement.
Il s’agira aussi d’informer les décideurs sur les impacts du projet
en cours, de sorte à valoriser cette expérience dans la politique
nationale de développement rural.
Tafouka
est une localité située dans l’arrondissement de Birni Nkoni, à 400
km à l’est de Niamey et à 12 km de la frontière du Nigeria. Comme
dans tant d’autres villages sahéliens, le Sahara empiète jour après
jour sur les terres, couvrant la végétation. Année après année, le
sable menace aussi d’assèchement la quarantaine de mares qui bordent
le terroir de Tafouka entraînant la perte de leur milieu biotique et
accentuant la vulnérabilité des communautés de pêche à la pauvreté.
Les causes ? Elles sont connues. Un diagnostic participatif mené
au sein des communautés de Tafouka en 2000 en a d’ailleurs facilité
l’identification. Il y a les aléas climatiques bien sûr. Sécheresse,
désertification et érosion des sols. Et puis, l’intervention
humaine, ce que les villageois reconnaissent aujourd’hui. C’est la dégradation
des terres, c’est la destruction des espaces boisés. C’est aussi le
faible niveau d’organisation et de formation, ou encore un accès au
crédit difficile. Tous ces facteurs pèsent lourdement sur la
productivité des sols et des mares.
Un
plan d’actions communautaire fut élaboré sur la base de ce
diagnostic. Il a permis d’identifier et de formuler un projet
communautaire dont l’objectif était d’améliorer de façon durable
les moyens d’existence des communautés de pêche par le renforcement
de leurs capacités techniques, organisationnelles et institutionnelles.
Un projet à deux composantes : un appui à l’amélioration de la
productivité halieutique des plans d’eau et un appui à la
valorisation des captures.
Double
composante
Le projet devait d’une part permettre d’atténuer les
causes et effets de l’assèchement des plans d’eau de Tafouka, au bénéfice
direct des communautés, à travers des actions de protection du bassin
versant et des mesures de protection contre l’érosion pluviale et éolienne
tels que les demi-lunes et les digues filtrantes. Il était aussi prévu
de créer une pépinière d’une capacité de production de 50.000
plants pour la production de milliers de plants à utiliser dans les
ouvrages anti-érosifs. Les espèces de plants produits dans les pépinières
sont le gommier pour la production de gomme arabique, le baobab et le
tamarinier pour leurs fruits. Autant de produits qui offrent des
perspectives aux communautés de diversifier et d’accroître leurs
revenus.
Il était aussi question de passer des accords avec les éleveurs
sur l’utilisation des couloirs d’abreuvement qui mènent aux mares
et de construire, loin des mares, des points d’eau. Ces mesures
devaient être prises pour réduire l’ensablement des mares dû aux
passages des troupeaux pendant leur abreuvement.
La seconde composante du projet, l’appui à la
valorisation des captures, avait pour principal objectif d’améliorer
les techniques de transformation et de conservation du poisson produit
à Tafouka. Elle visait aussi la promotion de la consommation du poisson
par la population qui, jusqu’alors, considérait cette denrée comme
un produit de rente vendu principalement sur les proches marchés du
Nigeria. Concrètement, dix fours « Altona simplifiés »
devaient être construits. La création d’un fonds de roulement était
également au programme, tout comme la formation des bénéficiaires,
dans ce cas-ci aux techniques de conservation et de transformation du
poisson, ainsi qu’en gestion simple et tenue des comptes.
Pour pallier au tarissement complet des mares en saison sèche
entraînant la disparition du poisson, six bassins de stockage
d’alevins devaient être construits dans le village. Ces bassins
serviraient à entreposer des alevins et, une fois la saison des pluies
de retour, empoissonner les mares.
Deux
ans plus tard
Deux ans après le lancement du projet, il va sans dire que
l’acquisition des nouvelles techniques de production et de gestion a
porté ses fruits. Couplée avec un encadrement technique rapproché,
elle a permis d’améliorer significativement le savoir et le
savoir-faire de toute la communauté. Les impacts les plus perceptibles
de cette amélioration sont l’exécution dans les délais des travaux
communautaires tels que par exemple les ouvrages anti-érosifs. Ceci est
à mettre à l’actif du projet communautaire qui a réussi à
renforcer la cohésion sociale et la volonté des usagers des mares à
travailler ensemble.
Pour ce qui est des réalisations proprement dites, elles
ont permis non seulement de contribuer à répondre aux besoins en
infrastructures socio-économiques, de lutter contre l’ensablement de
la grande mare, mais aussi et surtout d’améliorer le revenu et le
niveau des stocks de poisson et de créer de nouvelles activités économiques.
L’introduction du four « Altona » a par exemple entraîné
une nette amélioration de la qualité du poisson fumé - et de la durée
de conservation - qui s’est traduite par une hausse de 33% du prix de
vente. La construction des bassins a, pour sa part, permis de doubler la
capacité initiale de stockage des alevins. Quant aux ouvrages anti-érosifs,
ils ont montré leur important rôle de réduction de l’érosion par
la rétention de sable/terre et le reboisement.
Ce premier bilan présente de bonnes perspectives de
diversification des moyens d’existence des communautés de Tafouka.
D’autant que d’autres opportunités ne sont pas encore exploitées
au maximum. La vente de poisson frais, rendue possible par le doublement
de la capacité de stockage de poisson, constitue ainsi une autre
opportunité de diversification des revenus de la population. Les ventes
directes de plants ont rapporté au village plus d’un million de FCFA
en un an. Sans
compter les sous-produits (feuilles, fruits, gomme arabique) qui sont
utilisés directement dans l’alimentation humaine et du bétail ou
commercialisés sur le marché.
La mobilisation et l’adhésion des populations aux
actions de développement ont par ailleurs permis de jeter les bases de
la cogestion des ressources halieutiques. De ce fait, Tafouka est déjà
choisi comme lieu de voyage d’étude et de visite pour les autres pêcheurs
et mareyeurs du pays. Mais aussi d’ailleurs. Comme ce fut le cas de
certaines communautés de pêche du Burkina Faso qui se sont rendues à
Tafouka pour une visite d’échange. Ces visites témoignent de la réussite
du projet. A ce propos, notons que le projet – et dans une plus large
mesure les communautés bénéficiaires – a été proposé au Prix
Margarita Lizarraga qui distingue les efforts de mise en œuvre des
principes du Code de Conduite pour une Pêche Responsable.
Informer,
éduquer, communiquer
Fort
de ces bons résultats, le projet communautaire se voit accompagné
d’un nouveau projet, axé cette fois sur la sensibilisation et la
communication. Par ce biais, l’objectif majeur de l’Unité de
coordination nationale (UCN) est d’appuyer les communautés de Tafouka
dans leur prise de
conscience de l’importance de continuer la construction d’ouvrages
de protection des mares. Il serait de fait inexact de prétendre que le
projet ne souffre d’aucun manquement.
Les
missions effectuées sur le terrain par les membres de l’UCN ont
permis d’identifier un certain nombre de problèmes, pour
l’essentiel liés à l’entretien des plants autour de la mare. En
toile de fond, c’est aussi le conflit foncier qui apparaît entre les
éleveurs et les agriculteurs sur l’utilisation de la mare. Une première
solution a été proposée : la construction et l’utilisation
d’autres points d’eau pour l’abreuvement. Le fait qu’elle soit
payante n’agrée pourtant pas les éleveurs. Une campagne de
sensibilisation et d’information – qui promeut la concertation et la
participation de toutes les communautés à l’analyse de la situation
et à la prise de décisions – s’avère donc nécessaire. Elle
permettra aux communautés de rechercher et d’initier des solutions
pour résoudre ces problèmes d’usage.
Ce
nouveau projet comporte en outre d’autres actions de communication.
Les bénéfices engendrés par l’utilisation des fours « Altona »
gagneraient par exemple à être diffusés à d’autres communautés de
pêche. A travers ce procédé de fumage, c’est aussi les avantages
d’un système communautaire simple d’épargne/crédit
- nécessaire au financement des fours - qui seront mis en avant. Le but est de sensibiliser les communautés sur l’avantage
d’un tel système, notamment pour développer leurs principales
activités économiques. L’ONG Kokari qui travaille dans ce domaine
sera chargée de mener cette activité. Elle se basera sur sa propre expérience
et l’adaptera aux contextes et besoins des communautés de pêche.
Cette activité lui permettra aussi de mieux connaître les attentes et
les préoccupations des pêcheurs, une connaissance qui lui sera très
utile par la suite, quand il s’agira de travailler avec d’autres
communautés du pays. La gestion de l’accès aux mares et leur
protection est un autre thème essentiel à valoriser, pour éviter le
conflit foncier et l’envasement des mares.
Plusieurs
types d’activité sont déjà prévus : l’élaboration d’un
guide qui montre comment s’organiser entre utilisateurs pour la mise
en œuvre d’activités de protection et la tenue de réunions pour la
mobilisation et la gestion de la mare. Des programmes radiophoniques
interactifs, qui mettent en valeur les communautés par des jeux de rôle,
permettront assurément de mettre en évidence l’utilisation des
fours, des crédits, etc. Des livrets techniques, des affiches sur les
avantages des fours Altona seront aussi produits dans le cadre de ce
projet. A terme, il est également envisagé de produire une vidéo pour
une meilleure visualisation des techniques.
Notons
que toutes ces activités de communication se veulent des actions
pilotes. Les acquis et les enseignements tirés du projet seront par la
suite utilisés pour aménager dix autres mares dans la région (dans le
cadre du programme Tahouna). Dans un premier temps du moins, car il va
sans dire que le savoir-faire de Tafouka peut servir à de nombreuses
autres communautés du pays. Le projet comporte d’ailleurs un objectif
plus large : informer les décideurs sur les impacts du projet en
cours, de sorte à valoriser cette expérience dans la politique
nationale de développement rural. Ce qui, en filigrane, signifie que le
projet peut réellement prétendre à constituer un tremplin aux réformes
politiques, institutionnelles et juridiques indispensables au développement
socio-économique des communautés de pêche au Niger.
L’importance
du développement local
Renforcer
les atouts et compétences des communautés de pêche, valoriser l’expérience
le plus largement possible… Le projet de communication a un troisième
objectif : sensibiliser les décideurs et les partenaires au développement
sur les acquis et enseignements tirés de l’expérience à Tafouka. On
constate en effet que les autorités régionales et sous-régionales
n’accordent pas suffisamment d’attention aux projets à la base. A
travers ce projet, l’UCN voudrait dès lors faire ressortir les problématiques
et le contexte de vulnérabilité dans lesquels vivent les communautés.
L’objectif est double. D’abord sensibiliser les autorités à
s’intéresser davantage au développement local dans une approche
holistique et avoir une meilleure compréhension du rôle de la pêche
dans les efforts de réduction de la pauvreté en milieu rural. Mais
aussi, et c’est le second objectif, mobiliser les partenaires au développement
sur les préoccupations des communautés autres que la pêche tels que
la santé, l’éducation, etc. A ce titre, le projet de communication répond
à une des recommandations de l’atelier national sur la lutte contre
la pauvreté.
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